Le Pic St Loup- Peinture par Vincent Bioulès
"Dans un raccourci assez significatif, Philippe Dagen écrivait dans Le Monde, en juin 1995, que tu étais passé de « Matisse à la nature ». Ce qui peut vouloir dire qu'après avoir orchestré une peinture extrêmement riche en citations et réminiscences issues de ta grande connaissance de l'histoire de l'art, après avoir beaucoup reconnu l'ampleur de tes dettes et de tes amours, après avoir fortement songé aux exemples des Fauves, à Jean Hugo, Dufy, Chabaud, Hodler, Freud ou Beckmann, tu serais, vis-à-vis de la nature, passé encore plus directement dans le champ de l'émotion et de la contemplation. Les paysages que tu composes, même quand ils sont presque bibliques voire religieux, même s'ils peuvent faire songer aux peintres chinois, à Nicolas Poussin ou bien à Patinir, sont à présent axés sur quelque chose qui demande vigilance et exactitude, sur ton travail sur le motif ainsi que sur ce qu'il y a de plus intime chez toi, sur ta propre vision du monde. Après avoir pratiqué une peinture que je trouvais quelquefois tendue, contenue, voire malicieuse, il me semble que tu accèdes dans tes grandes compositions à un sentiment plénier, qui ne relève pas de la distance et de l'ironie. Tu parviens à faire parler totalement ta sensualité, ton bonheur, ta culture, tes inquiétudes, ton humour et ton émerveillement en face de la nature. Tu relâches certains réflexes d'auto surveillance, tu réinventes ton métier, tu donnes prise à quelque chose d'encore plus allègre, d'encore plus emporté, tu participes à des bonheurs d'expression qui relèvent d'un profond lyrisme. Comment expliquerais-tu cette évolution ? Est-ce le bénéfice de l'âge et de l'expérience ? S'agit-il, et plus que jamais, d'une encore plus grande liberté intérieure, du souci opiniâtre que tu as de vivre et de peindre à contre-courant, d'une manière totalement indépendante, sans avoir souci des pressions et des obligations de l'époque ?"
Extrait des entretiens entre Vincent Bioulès et Alain Paire , Montpellier, 2006



